Sona Jobarteh

Une voix captivante, des mélodies contagieuses , la grâce sur scène.

Quand Sona Jobarteh pose ses mains sur les poignées de sa kora, son visage se ferme et son regard se fige. Au moment où ses pouces effleurent les cordes, il se produit autour d’elle comme une libération. Les premières notes vous emmènent, les suivantes vous bercent. Le temps, lui, reste suspendu.

Née en 1983 à Londres d’une mère anglaise et d’un père gambien, elle est la petite-fille d’Amadu Bansang Jobarteh, maître griot incontesté de la kora. Elle est aussi la cousine de Toumani Diabaté qui a fait vibrer les cordes de sa harpe à calebasse sur les scènes du monde entier. « La kora fait partie de ma tradition familiale, explique la musicienne. Avec cet instrument, le défi est de maîtriser un répertoire où la tradition est omniprésente et comprend des centaines de chansons qui racontent la gloire d’un empire séculaire. » La kora fait partie de l’identité et de la culture mandingue, qui s’étend sur une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Unifié par Soundiata Keïta, fils de Naré Maghann Konaté, le territoire dont les frontières actuelles se situent à cheval sur le Mali, la Mauritanie, la Guinée, la Gambie, la Guinée-Bissau, le Niger et le Sénégal fut l’un des plus prospères de la région au XIIIe siècle.

Sona Jobarteh, a été initiée à la kora par son frère Tunde Jegede, reconnu comme un maître de la kora et un virtuose du violoncelle. « J’ai commencé à l’âge de 4 ans avec lui, explique la musicienne. Il m’a enseigné les bases de cet instrument très exigeant. » Aujourd’hui elle n’est pas la seule femme à jouer de la kora, mais elle est la seule à interpréter sur scène le répertoire traditionnel des griots. Il y a toutefois une limite qu’elle ne s’autorise pas à franchir. « Je peux jouer et chanter ce registre mais ne souhaite pas le faire pendant une cérémonie comme un mariage ou un baptême, explique t-elle. Cela serait difficile pour moi et mal accepté. Lors d’un concert, il n’y a en revanche aucun problème. »

Mais le pouvoir de la kora ne se cantonne pas à celle qui en joue. « Partout dans le monde, on s’aperçoit que l’instrument a la faculté de capter immédiatement l’attention, assure t-elle. Il installe le silence et crée dans l’air une forme d’apaisement. » En se mêlant à la voix suave de la chanteuse, les notes de la demi-calebasse sont une invitation au voyage et à l’introspection.
Après un premier album intitulé Afro Acoustic Soul en 2008, Sona Jobarteh prévoit de sortir un deuxième opus à la fin de l’année. Il devrait compter une vingtaine de titres dont Gambia, une chanson dédiée à l’indépendance et à l’histoire pacifique de son pays d’origine, et dont le clip a déjà été visionné plus de 4 millions de fois sur YouTube.